Le tadorne de belon

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Nom latin : Tadorna tadorna

Pour les Égyptiens, le Tadorne de Belon était considéré comme un animal sacré et figurait dans les hiéroglyphes pour symboliser la tendresse généreuse d’une mère.

Sa tête et son cou arborent un vert foncé irisé, tandis qu’un collier roux ceint son poitrail et que deux bandes noires marquent ses ailes avec netteté. Son bec rouge vif permet de distinguer mâle et femelle : le mâle se reconnaît à un imposant tubercule frontal, absent chez la femelle, et à une taille légèrement supérieure.

Le Tadorne de Belon est une espèce cavicole opportuniste : il occupe une grande diversité de sites de nidification selon les opportunités offertes par le milieu. En baie de Saint-Brieuc, il privilégie les terriers creusés dans les falaises d'argile et les talus, ou s'installe dans les anfractuosités d'enrochements. Plus généralement, le nid peut être établi dans un terrier de lapin, un trou d'arbre, une fissure de falaise, voire des structures anthropiques telles qu'un blockhaus ou un cabanon en bois. Les buissons denses constituent également un abri de substitution.

L'espèce n'hésite pas à s'approprier des terriers occupés, en délogeant au besoin leurs locataires (lapins ou même renards). Ce comportement singulier lui avait valu, sous la plume de Buffon, plusieurs surnoms évocateurs : oie renard (vulpanser), canard renardcanard lapin ou encore oie des terriers.

Ce sont des animaux très sociables avec des mœurs à la fois diurnes et nocturnes. Le couple qui se forme habituellement pendant le premier hiver durera généralement toute la vie. Les deux adultes participent à l'élevage des poussins, assurant une défense contre les prédateurs et les intempéries, et défendant un territoire alimentaire contre les congénères.

La femelle y pond d'avril à juillet entre 7 à 12 œufs (1 par jour) qu’elle couve seule pendant environ 30 jours. Pendant l'incubation le mâle reste seul sur le territoire qu'il défend activement, la femelle venant s'alimenter 2 à 3 fois par jour.  Les éclosions sont synchrones. Le lendemain de l'éclosion, elle quitte le nid et incite ses poussins à la suivre. Les poussins quittent le nid pour gagner l’eau, guidés par leurs parents : ce sont des jeunes dits “nidifuges”, capables de se déplacer et de se nourrir très tôt.  Ils sont alors dirigés par le couple ou la femelle seule, vers une zone d'élevage, souvent géographiquement différente du territoire précédemment occupé par le couple.

En été, il n’est pas rare d’observer des “crèches : les parents partent se nourrir, confiant leur progéniture à la garde de quelques adultes restés sur place. À leur retour, ils récupèrent leurs petits… du moins essaient-ils : il arrive que les nichées se mélangent, si bien que certains adultes se retrouvent à élever des poussins d’âges variés. Les jeunes peuvent s'envoler après 40 à 50 jours d'élevage.

Le Tadorne de Belon se nourrit principalement dans les zones littorales, en particulier sur les vasières découvertes à marée basse. Son régime alimentaire est essentiellement composé de petits invertébrés aquatiques : mollusques, crustacés (Corophium), vers marins (comme le Nereis diversicolor), larves d’insectes, auxquels s’ajoutent de végétation (salicornes, algues vertes) et des microorganismes présents dans la vase. Mais sa principale ressource alimentaire sur les vasières est l’Hydrobie (Hydrobia ulvae), petit gastéropode de 2 à 4 mm. Grâce à son bec large et plat, il filtre la vase pour en extraire sa nourriture, un comportement appelé alimentation par criblage. Opportuniste, le Tadorne peut aussi consommer des graines ou des végétaux aquatiques, selon la disponibilité des ressources. Ce régime varié lui permet de s’adapter à différents milieux humides, mais il reste tributaire de la qualité des zones intertidales pour se nourrir efficacement.

Les poussins s'alimentent principalement de Nereis diversicolor qu'ils chassent à vue, puis intègrent progressivement des mollusques jusqu'à rejoindre le régime adulte apprenant à détecter les proies en fouillant la vase peu profonde. L'alimentation se fait sur pied dans les flaques et en eau peu profonde, à la nage ou en basculant la queue en l'air en eau profonde. Les poussins peuvent également s'alimenter en plongée, comportement trop coûteux en énergie pour les adultes. La durée de vie est estimée à environ 15 ans. Mais sur dix poussins qui quittent le nid en juillet, environ quatre à cinq seulement seront encore en vie deux ans plus tard. Chaque année, un peu moins d'un tiers des jeunes disparaît, victimes des prédateurs, des aléas climatiques, des difficultés à trouver de la nourriture lors des premières migrations.

La distribution du Tadorne est Paléarctlque. On distingue cependant une population nord-ouest européenne littorale d'une population orientale continentale, nichant depuis la Mer Noire jusqu'au nord-ouest de la Chine, avec quelques îlots de reproduction sur le littoral de la Méditerranée. 

Dès le mois de juillet et jusqu'à la fin de l'automne, l'espèce effectue une remarquable migration de mue qui regroupe plusieurs dizaines de milliers d'individus sur de vastes bancs de sable de la mer des Wadden, dans l'est des Pays-Bas (Grosser Knechtsand). Pendant cette période, les oiseaux traversent une phase de mue complète des rémiges qui les rend incapables de voler durant 25 à 30 jours ; le rassemblement sur ces étendues sableuses, difficilement accessibles aux prédateurs terrestres, leur offre alors une protection optimale durant cette phase de vulnérabilité. Cette migration concerne aussi bien les adultes nicheurs en cours de mue que les juvéniles non reproducteurs. Les individus reproducteurs rejoignent les sites de mue plus tardivement, n'hésitant pas, si l'élevage des jeunes n'est pas achevé, à confier leur progéniture à d'autres adultes avant leur départ. Une fois la mue terminée, chaque oiseau regagne son site d'origine.

Contrairement à la plupart des anatidés où les mâles dominent en hivernage, les Tadornes hivernant en Bretagne sont majoritairement des femelles. Ce phénomène de migration différentielle s'expliquerait par la compétition intersexuelle : les mâles, dominants, monopoliseraient les meilleurs sites d'hivernage plus au nord (îles britanniques, mer du Nord), repoussant les femelles vers la limite méridionale de l'aire hivernale.

 

L’origine du mot Tadorne (et du nom de genre Tadorna) n’est pas connue, mais ce terme est employé depuis le XVᵉ siècle. Il pourrait dériver d’un mot latin tardus qui signifie “lent, ou lourd” et que l’on trouve aussi à l’origine de Turdus et Turdidae (famille des grives et des merles), il y aurait eu un déplacement de la lettre r. Le nom vernaculaire est une dédicace à Pierre Belon, naturaliste français du XVIᵉ siècle (1517-1564) à qui l’on doit des travaux sur les animaux marins, et une “histoire de la nature des oiseaux”. Il était également botaniste. Les anglais l’ont nommé “shelduck”.

Animal sacré pour les Égyptiens, le Tadorne de Belon apparaissait dans les hiéroglyphes comme symbole de la tendresse maternelle. Les Grecs, eux, l’élevaient surtout pour ses œufs, qu’ils plaçaient juste après ceux du paon en termes de qualité. Quant aux anciens Bretons, ils en faisaient grand cas comme gibier de choix. En France, après une quasi-disparition au début du XXe siècle, une phase d'expansion s'amorce à la fin des années 1930 qui s'accentue à partir des années 60. La population est estimée à 300 000 individus dans le Nord-Ouest de l'Europe. La population hivernante est d'environ 63 000 individus en France. L'effectif nicheur français est estimé entre 4 000 et 6 000 couples. En Bretagne, l'effectif nicheur est estimé à 1 300 à 1 700 couples reproducteurs en 2012, dont 100 dans les Côtes-d'Armor.