Une campagne d'évaluation essentielle pour la gestion durable des bivalves

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Du 10 au 12 septembre, l'équipe de la Réserve naturelle, accompagnée de bénévoles et d'étudiants de Licence 3 de l'UCO de Guingamp, a arpenté l'estran de la baie pour la campagne annuelle d'évaluation du gisement de coques (Cerastoderma edule). Trois jours de prélèvements sur 132 stations, répétés chaque année depuis 2001 : un quart de siècle de suivi qui fait aujourd'hui de la baie de Saint-Brieuc l'un des gisements de coques les mieux documentés de la façade Manche-Atlantique.

Un protocole rigoureux, reconduit chaque année

Sur chaque station, un quadrat de 0,25 m² est prélevé sur 5 cm de profondeur, puis tamisé pour dénombrer et mesurer chaque individu. Ces données de terrain alimentent ensuite un modèle géostatistique développé par la réserve naturelle, qui permet de cartographier la répartition du gisement, d'estimer ses effectifs et sa biomasse, et de projeter son évolution à un ou deux ans. Ce travail est transmis chaque année au Comité départemental des pêches et à la Direction Mer et Littoral, qui s'appuient sur ces résultats pour réglementer la pêche professionnelle.

 

Pourquoi ce suivi est plus que jamais nécessaire

Les résultats de l'évaluation 2025 illustrent l'urgence de la situation. La part du gisement de taille commercialisable est tombée à son niveau le plus bas jamais enregistré depuis 2001, avec une baisse de 89 % par rapport à la moyenne des vingt-cinq dernières années. La biomasse totale du gisement, estimée à environ 1 670 tonnes de matière fraîche en 2025, ne représente plus qu'une fraction de la moyenne historique proche de 4 650 tonnes.

Ce déclin n'est pas dû à un manque de reproduction : le recrutement de naissain reste bon, supérieur à la moyenne en 2024 comme en 2025. C'est la survie des jeunes coques qui pose problème, avec une surmortalité marquée depuis l'été 2023, touchant particulièrement les individus de deux ans et plus. Vagues de chaleur, eaux chaudes en période de mortes-eaux, présence de la bactérie Vibrio aestuarianus, niveaux élevés de parasites ralentissant la croissance des coques,… ? : plusieurs facteurs, probablement combinés, sont aujourd'hui à l'étude pour expliquer cette hécatombe.

 

Un phénomène qui dépasse la baie de Saint-Brieuc

La baie de Saint-Brieuc n'est pas un cas isolé. Des mortalités comparables ont été observées en baie de Somme dès 2023, avec les mêmes causes suspectées. Plus largement, la ressource en palourdes recule sur l'ensemble des côtes européennes, sous l'effet conjugué de la surpêche et du changement climatique, selon l'Ifremer. Les bivalves filtreurs (coques, palourdes, moules,…) sont aujourd'hui considérés comme de véritables sentinelles de l'état de santé des écosystèmes côtiers : leur déclin est un signal qu'il serait risqué d'ignorer.

 

Évaluer pour mieux protéger

C'est précisément parce que la ressource est fragile que son évaluation régulière prend tout son sens. Grâce à ce suivi de long terme, la Réserve naturelle est en mesure d'objectiver le déclin, d'en documenter les causes possibles, et d'orienter les mesures de gestion : la zone de nourricerie au sud de l'anse d'Yffiniac reste fermée à toute pêche depuis 2017 pour protéger le naissain, et l'état actuel du gisement conduit à considérer qu'aucune exploitation commerciale n'est aujourd'hui envisageable.

Cette campagne de terrain, reconduite avec la même rigueur méthodologique depuis 2001, est un outil indispensable d'aide à la décision, au service d'un objectif partagé : concilier activités de pêche et préservation d'une ressource et d'un écosystème dont dépendent aussi des dizaines de milliers d'oiseaux limicoles hivernant dans la baie.

Les résultats détaillés de cette campagne 2026 est disponible ici

 

En résumé : 

Le suivi 2026 confirme la dégradation sévère du gisement de coques de la baie de Saint-Brieuc. La production du gisement de taille commercialisable a chuté de plus de 91 % entre 2022 et 2026, atteignant les niveaux les plus bas jamais enregistrés depuis le début du suivi en 2001 (-92 % par rapport à la moyenne historique). Ce phénomène de surmortalité, amorcé à l'été 2023, s'est poursuivi en 2024, 2025 et 2026, touchant particulièrement les individus âgés de 2 ans et plus.

Pourtant, le recrutement reste soutenu : il a atteint 1,2 fois la moyenne en 2024, 1,3 fois en 2025 et 1,8 fois en 2026 (4ᵉ rang depuis 2001), confirmant que le déclin du gisement n'est pas lié à un défaut de reproduction, mais bien à une mortalité accrue des jeunes classes d'âge après leur installation.

En Baie de Somme, une forte mortalité avait déjà été observée en juin-juillet 2023, liée en période de mortes-eaux à des températures élevées et à la présence de la bactérie Vibrio aestuarianus, avec des taux de mortalité élevés également constatés en 2024. En 2025, le GEMEL, qui assure le suivi de ce gisement, observe des retards de croissance des individus, associés à des niveaux parasitaires élevés en trématodes.

Compte tenu de cette production extrêmement faible, l'exploitation du gisement ne peut pas être envisagée actuellement. Un suivi à long terme et à large échelle de la température du sédiment, mis en place en 2026, permettra de vérifier l'influence des vagues de chaleur sur la mortalité des coques.