Le Leste vert
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Le leste vert est le plus commun et le plus grand des lestes présents en Bretagne. C'est une demoiselle de couleur vert clair métallique sur l'ensemble du corps. Comme tous les représentants de la famille des Lestidae, il se pose ailes semi-ouvertes en oblique, posture immédiatement reconnaissable sur le terrain.
Un critère clé pour le distinguer des autres lestes est la couleur de ses ptérostigmas : ceux-ci restent toujours clairs chez le leste vert, ce qui le différencie des autres espèces. Chez l'adulte, les ptérostigmas sont brun clair sur les côtés avec une partie centrale beige, entourés de nervures sombres. Attention toutefois : la couleur claire des ptérostigmas n'est pas un critère valable pour les individus proches de l'émergence, car tous présentent alors des ptérostigmas blanchâtres.
De profil, la coloration du thorax présente une pointe bien visible qui le caractérise ; cette pointe est absente ou très réduite chez les autres lestes, à l'exception du leste dryade. La coloration dominante du corps peut être vert métallique ou encore brun cuivré, comme c'est souvent le cas en fin de saison. Mâle ou femelle, l'abdomen n'est jamais recouvert de pulvérulence bleue.
Le mâle se reconnaît notamment à ses cercoïdes blancs bien visibles. La femelle possède un ovipositeur qui dépasse légèrement le dernier segment abdominal en vue de profil.
L'espèce est présente en Europe centrale et occidentale ainsi qu'au Maghreb. Chalcolestes viridis était anciennement classé dans le genre Lestes ; le genre Chalcolestes en a été séparé en raison de différences morphologiques larvaires.
En France, elle est commune et bien répartie. On l'observe jusqu'à 1 500 m d'altitude. En baie de Saint-Brieuc, le leste vert est régulièrement observé le long des cours d'eau, fossés et étangs bordés de saules et d'aulnes caractéristiques de la réserve naturelle nationale.
Le leste vert fréquente les eaux peu polluées, courantes ou stagnantes, bordées de ligneux à bois tendre surplombant l'eau. Mares, étangs, lacs, canaux, cours d'eau, bras morts… tous ces milieux lui conviennent, à condition qu'ils soient bordés d'arbustes ou d'arbres.
Les mâles, territoriaux, sont souvent perchés dans les arbres ou les buissons — parfois loin de l'eau, notamment en secteurs ombragés par forte chaleur — et l'accouplement s'y déroulera. Ce comportement arboricole est inhabituel chez les odonates et facilite sa détection : il suffit souvent d'observer les branches basses ensoleillées en bordure de rive pour repérer l'espèce.
Le leste vert ne compte qu'une seule génération par an. C'est le leste ayant le vol le plus tardif en saison : les adultes volent de juin à octobre, avec un pic en août.
Sa stratégie de ponte est particulièrement originale et unique parmi les libellules de nos régions. Les femelles insèrent leurs œufs jusqu'à trois mètres de haut dans l'écorce des branches d'arbustes à bois tendre (surtout saules et aulnes situées sur les rives). La ponte a lieu en tandem, le mâle maintenant la femelle pendant toute l'opération. La plante accueillant les œufs peut parfois être atypique, comme une ronce. Les œufs passent l'hiver à l'abri dans le bois et n'écloront qu'au printemps suivant.
Les larves, fines et allongées, possèdent des lamelles caudales arrondies à leur extrémité, sans filament terminal, et mesurent au minimum 16 mm sans les lamelles caudales. Elles sont aquatiques et se développent dans la végétation immergée des rives.
Le leste vert n'est pas menacé à l'échelle nationale ou européenne, (préoccupation mineure par l'UICN) mais il reste sensible à la dégradation des milieux aquatiques, notamment la pollution, qui peut compromettre sa reproduction. Les principales pressions identifiées sont :
- La destruction des zones humides : comblement de mares, recalibrage de cours d'eau, suppression de la ripisylve (saules, aulnes) indispensable à la ponte ;
- La pollution de l'eau : l'espèce exige des eaux peu polluées et délaisse les milieux eutrophisés ;
- La présence de poissons : les larves des lestes sont très sensibles à la prédation par les poissons ;
- La prédation des adultes : quelques oiseaux et araignées tissant une toile figurent parmi les prédateurs des imagos.
Le leste vert ne bénéficie d'aucun statut de protection réglementaire en France, mais sa présence reste un bon indicateur de la qualité des milieux rivulaires. La préservation de la ripisylve (saules, aulnes, frênes en surplomb des berges) est une condition indispensable à sa reproduction.










