Le Leste sauvage
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Le leste sauvage est une demoiselle de couleur vert métallique à brun cuivré sur l'ensemble du corps. Les ptérostigmas de ses ailes sont bicolores à maturité, brun et blanchâtre. Sa tête est également bicolore, verte vers l'avant et jaune clair vers l'arrière.
La partie blanchâtre du ptérostigma, située vers l'extrémité de l'aile, représente un peu plus du tiers de sa longueur totale. La démarcation des couleurs est nette au niveau de la nuque. Les zones jaunes du corps sont plus étendues que chez les autres lestes, la bande antéhumérale est large, et les côtés des segments 9 et 10 ainsi que les appendices anaux sont clairs. Les mâles n'ont presque pas de pruinosité bleue. Au bout de l'abdomen des mâles, la pointe des cerques est recourbée vers l'extérieur (un critère de détermination fiable sur le terrain).
Lestes barbarus est une espèce principalement eurasiatique, présente du Portugal à la Mongolie, que l'on rencontre également sur la marge sublittorale du Maghreb. Son nom latin fait référence à la “Barbarie” (le nord-ouest de l'Afrique du Nord), région d'où provenait le premier spécimen décrit.
Elle occupe toute l'Europe sauf le nord, où elle est en expansion avec le changement climatique ; elle a ainsi atteint l'Angleterre en 2002. En Asie, son aire s'étend jusqu'à la Mongolie. En France, elle est présente sur une grande partie du territoire, principalement en plaine et jusqu'à 1 200 m d'altitude.
C'est une espèce réputée très adaptable et ubiquiste, voire pionnière, capable de tolérer des conditions extrêmes que peu d'autres libellules peuvent supporter. Elle fréquente surtout les zones d'eau stagnante, même saumâtre, non polluées, ensoleillées et peu profondes. Elle est typique des petits plans d'eau temporaires, inondés en hiver et asséchés en été.
Elle peut être très abondante si les conditions sont favorables, notamment dans les pannes dunaires, les mares arrière-littorales et les prairies humides saisonnières, autant de milieux bien représentés dans les dunes de Bon-Abri.
Les adultes sont observés d'avril à octobre dans le sud, de mai à octobre dans le nord. L'espèce n'effectue qu'une génération par an. La ponte est souvent effectuée en tandem. La femelle insère les œufs dans la végétation aquatique ou dans les végétaux proches des berges (aulnes, saules, ronciers). La femelle insère chaque œuf dans une tige végétale à proximité d'une zone inondable. Les œufs passent l'hiver en diapause dans les tissus végétaux et n'écloront qu'au printemps suivant, souvent après la remontée des eaux.
Les larves, allongées et fines, possèdent des lamelles caudales aiguës à leur extrémité, sans filament terminal, et mesurent moins de 17 mm sans les lamelles caudales. Elles se développent dans la végétation immergée des eaux peu profondes.
Si l'espèce est globalement stable, elle reste localement vulnérable, notamment en bordure nord de son aire de répartition. Les principales pressions identifiées sont :
- La gestion défavorable des zones de marais : connexion des dépressions humides au réseau de fossés et canaux, assèchement précoce, transformation en tonne de chasse avec élimination de la végétation palustre ;
- La régression des mares temporaires : la diminution du nombre d'étangs favorables peut provoquer des phénomènes d'isolement de populations qui, à terme, peuvent se traduire par des disparitions locales ;
- La pollution diffuse : l'espèce exige des eaux peu polluées et bien ensoleillées ;
- La prédation des larves : les larves des lestes sont très sensibles à la prédation par les poissons. Elles peuvent également être victimes d'invertébrés aquatiques (dytiques, larves d'aeshnidés), d'amphibiens, d'oiseaux ou de micromammifères comme la musaraigne aquatique.
Elle est classée Préoccupation mineure par l'UICN à l'échelle mondiale, mais reste quasi-menacée dans certaines régions françaises. Le leste sauvage ne bénéficie d'aucun statut de protection réglementaire en France. Sa présence est néanmoins un excellent indicateur de la qualité et du caractère naturel des zones humides temporaires côtières. Dans la réserve naturelle nationale de la baie de Saint-Brieuc, le maintien de mares peu profondes, ensoleillées et à végétation hélophyte dense constitue le levier de conservation le plus efficace pour cette espèce pionnière.







